Témoignage d’un contrôleur SNCB : « Le simple fait de faire mon travail peut m’exposer à des violences »

par | Mai 22, 2025

Près de 2 300 agressions ont été signalées en 2023 contre le personnel de la SNCB. Cette hausse constante de la violence inquiète et fragilise les équipes sur le terrain. Entre peur, colère et résilience, Hervé L., contrôleur pour la SNCB depuis 14 ans, partage son quotidien.

Hervé L. contrôle les titres de transport des voyageurs sur la ligne Mons-Liège. ©Célestine Mauroit

Il a le geste précis, l’uniforme impeccable, et cette habitude d’observer les wagons d’un regard attentif, presque automatique. Hervé L. n’est pas un inconnu pour les habitués du rail belge : depuis plus d’une décennie, il parcourt les trains, carnet de contraventions dans une main, terminal de contrôle dans l’autre. Mais ces dernières années, un sentiment nouveau s’est installé dans son travail. La méfiance. « Il faut être prêt à ce que ça dégénère. Une remarque, un refus, et tout peut basculer », souffle-t-il. Le métier de contrôleur n’a jamais été simple, mais aujourd’hui, il est devenu dangereux.

Vous avez vu votre métier changer. Dans quel sens ?
Hervé L. :
Je pense que beaucoup de gens ne réalisent pas à quel point notre métier s’est durci. Il y a 10 ou 15 ans, on nous voyait encore comme des figures d’autorité, mais respectées. Aujourd’hui, certains passagers nous considèrent presque comme des provocateurs. Le simple fait de demander un billet peut déclencher une insulte, un crachat, ou pire. On ne sait jamais sur qui on tombe. Et ce climat pèse, même sur les collègues les plus expérimentés.

Avez-vous été confronté personnellement à des violences ?
Hervé L. :
J’ai eu des altercations verbales, oui. Un jour, un passager a refusé de présenter son ticket et m’a insulté pendant de longues minutes, devant tout le wagon. C’est humiliant, mais je considère que j’ai eu de la chance. Je connais des collègues qui ont été frappés, certains hospitalisés. L’un d’entre eux s’est même fait menacer avec une bouteille cassée. Ces histoires circulent entre nous, et elles laissent une empreinte.

Comment réagit la SNCB dans ces situations ?
Hervé L. :
On a des procédures précises : en cas de danger, on peut utiliser notre bouton d’alerte, ou contacter directement le dispatching sécurité. Les équipes Securail peuvent intervenir rapidement, et dans certains cas, la police aussi. Mais ce n’est pas toujours suffisant. La SNCB met en place des campagnes de sensibilisation, comme celle lancée avec la STIB, De Lijn et la TEC, pour rappeler que nous sommes des êtres humains, pas des punching-balls. Ces campagnes aident, mais sur le terrain, il faut surtout du monde et de la présence humaine.

Selon vous, pourquoi ces violences augmentent-elles ?
Hervé L. :
C’est multifactoriel. Il y a la frustration face aux retards, les problèmes sociaux, parfois des personnes sous influence de drogue ou d’alcool. Mais il y a surtout une banalisation de la violence verbale et physique. On dirait que tout est permis, que personne ne craint plus les conséquences. Et en parallèle, les contrôles sont présents, ce qui génère parfois des tensions avec des passagers qui n’ont pas de titre de transport.

Qu’est-ce qui vous pousse malgré tout à continuer ce métier ?
Hervé L. :
J’adore mon métier. J’adore le mode des trains. C’est une fierté de faire tourner le rail, d’assurer une présence humaine à bord des trains. Et heureusement, une grande majorité des voyageurs restent polis, respectueux, voire reconnaissants. Ce sont eux qui nous donnent de l’élan. Et puis, on se soutient beaucoup entre collègues. La solidarité est notre première armure.

Une violence qui ne faiblit pas

En 2023, la SNCB a recensé 2 298 agressions, dont un quart de nature physique, visant son personnel. Cette tendance à la hausse touche aussi les autres sociétés de transport belge. Face à cette situation, la SNCB a renforcé sa collaboration avec les services de police, a multiplié les contrôles en gare avant embarquement, et a lancé plusieurs campagnes de sensibilisation interrégionales.

« Derrière chaque uniforme, il y a une personne », martèlent les affiches visibles dans les gares et sur les réseaux. Une phrase simple, presque évidente, mais qu’il faut rappeler.

Célestine Mauroit

Célestine Mauroit