En Belgique, actuellement, plus de deux millions de Belges courent un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, selon les résultats d’une enquête de EU-SILC. Face à ces chiffres grandissants, la solidarité devient de plus en plus nécessaire. Chacun peut se retrouver à un moment ou un autre dans le besoin. Avec une volonté de pallier ce problème de précarité, à Tournai, la Maison du Pichou s’impose comme une solution pour de nombreuses personnes. Nous sommes allés à la rencontre de Martine Maenhout, la responsable de la Maison et de Michel, un bénévole de longue date.

Martine Maenhout nous montre ses marchandises reçues le matin même. ©Charlotte Durieu, 2024.
À la maison du Pichou à Tournai, Martine et les autres bénévoles accueillent tout le monde. Cette maison de quartier est le résultat d’une longue histoire.Tout a commencé avec la soupe populaire servie sur le parvis de Saint Piat. Pendant quelques années, tous les jours, les bénévoles se tenaient sur le parvis pour servir la soupe aux plus démunis. Un jour, Martine Maenhout face à la précarité grandissante en a eu assez de distribuer la soupe sur le bord de la rue. Elle s’est donc battue pour trouver les fonds nécessaires à l’ouverture d’une maison de quartier. Grâce à la générosité de l’asbl « solidarité médicale Notre-Dame » de Tournai et d’autres donateurs, la maison du Pichou est née rue de Saint Piat.
Mais pourquoi la Maison du Pichou ?
« Cette maison, elle s’appelle Al maseon du pichou. En tournaisien, pichou signifie fontaine. Sur la place de l’église Saint-Piat, là où tout a commencé, il y a une fontaine où un petit garçon est assis. Ce petit garçon, il en a vu des choses, c’est pourquoi j’ai décidé de le mettre en avant.»
Aujourd’hui à Tournai, en plus de la Maison du Pichou, ce n’est pas moins de six maisons de quartier avec des bénévoles qui se battent pour offrir aux plus démunis de quoi survivre.
Une pandémie qui a tout bousculé
La crise sanitaire a mis en lumière les défis persistants de la précarité à Tournai. Selon les premiers résultats de l’enquête sur les revenus et les conditions de vie de 2023 (EU-SILC), le risque de pauvreté ou d’exclusion sociale touche près d’une personne sur cinq, soit environ 20% de la population. Cette réalité alarmante a été exacerbée par la pandémie, plongeant de nombreuses familles dans une précarité économique plus profonde.
Face à cette urgence grandissante, les citoyens de Tournai ont répondu avec solidarité et détermination. En octobre 2021, une marche de 24 heures a été organisée pour sensibiliser et mobiliser la population contre la pauvreté. Cette initiative citoyenne témoigne de l’importance de l’action collective dans cette lutte.

Le jeudi, c’est le jour de la distribution. Ce jour-là, les bénévoles consacrent leur matinée à remplir des paniers qui seront ensuite distribués aux personnes dans le besoin. ©Charlotte Durieu, 2024.
Au cœur de cette mobilisation pendant la pandémie, la Maison du Pichou a été une des seules à accueillir des personnes en situation de précarité. Martine, sa responsable, témoigne de l’engagement de l’association : « Nous avons ouvert nos portes à tous les Tournaisiens, car nous savions que nous devions agir, peu importe d’où ils venaient. » Cette action de solidarité a permis à des centaines de personnes de bénéficier d’une aide alimentaire et d’un soutien moral crucial.
Michel, bénévole dévoué, partage son expérience de terrain : « Nous avons vu une évolution de la précarité au fil des années. Si autrefois nous avions affaire à environ quatre cent cinquante personnes, nous en sommes actuellement à six cents personnes en fonction des situations. » Ces chiffres témoignent de l’ampleur du défi, mais aussi de la résilience et de la solidarité de la communauté tournaisienne.
« Dans cette Maison, on ne fait pas de jugement »
Pourtant, malgré les efforts déployés par les associations et les citoyens, des défis subsistent. Martine souligne l’importance d’un soutien continu dans la lutte contre la précarité : « Il y a des gens qui auront besoin d’une rustine toute leur vie et il y en a d’autres qui auront besoin d’un petit coup de pouce pour repartir : un divorce, une perte d’emploi… ». Des événements tels que la crise sanitaire de la Covid-19 ou les inondations de l’été 2021 ont exacerbé ces différences, affectant particulièrement les publics précaires.
« Pour nous, c’est la satisfaction de savoir que nous apportons une aide concrète aux autres. C’est cette sensation d’être utile qui nous motive chaque jour. Ce n’est pas un bénévolat ordinaire, il faut une certaine sensibilité, une volonté d’aider vraiment », confie Martine, évoquant sa motivation.
Pourtant, même si l’engagement de la Maison du Pichou est louable, est-ce le rôle d’une simple asbl de répondre à ce problème ? Dans cette lutte contre la précarité, le rôle de l’État est crucial. En novembre 2021, le Gouvernement de Wallonie s’est engagé à réduire la pauvreté et à garantir aux citoyens une vie décente en mettant en place un plan de sortie de la pauvreté, mobilisant plus de quatre cent quatre-vingt-deux millions d’euros jusqu’en 2024.
En attendant une réponse plus concrète du gouvernement, la Maison du Pichou continue ses activités de distribution et offre également un refuge pour les enfants avec une école des devoirs. À Tournai, au cœur de la précarité, cette maison incarne la solidarité, une main tendue dans l’obscurité.
Charlotte Durieu et Célestine Mauroit