108 150 naissances : la Belgique face à son berceau vide

par | Nov 7, 2025

Fin des années 60, c’était le Baby Boom. En 2024, c’est plutôt le Baby Collapse.
La Belgique n’avait plus vu si peu de berceaux depuis 1942. À peine 108 150 bébés ont pointé le bout de leur nez en 2024. Les futurs parents, eux, préfèrent prendre leur temps. Avant de sauter le pas, ils calculent, rêvent, repoussent.

Les maternités sont plus silencieuses. Moins de pleurs, moins de petits bracelets roses et bleus sur les poignets, et moins de parents fatigués mais heureux.

Selon Statbel, 108 150 naissances ont été enregistrées en 2024. C’est 1,9 % de moins qu’en 2023, et surtout un niveau que la Belgique n’avait plus connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Une chute lente, amorcée après le pic de 2010, qui se poursuit. Même le sursaut de naissances post-Covid n’aura été qu’une phase passagère.

 

L’indice conjoncturel de fécondité mesure le nombre d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie. Ce dernier tombe à 1,44 enfant par femme, loin du seuil de renouvellement de 2,1 suggéré par le gouvernement. À Bruxelles, il plafonne à 1,34, en Wallonie à 1,43 et en Flandre à 1,48.

Les chiffres, c’est bien, mais derrière eux, il y a des visages. Des jeunes femmes et des hommes qui hésitent, calculent, repoussent. Parce qu’un enfant, aujourd’hui, ce n’est plus un simple chapitre : c’est un projet de société miniature.

Autre évolution majeure : les parents vieillissent.

En 2024, les mères avaient en moyenne 31,4 ans, les pères ou co-parents 34,3 ans. À Bruxelles, la maternité est la plus tardive (32,3 ans), tandis que le Brabant wallon détient le record avec 32,8 ans. Dans le Hainaut, les mamans restent les plus jeunes : 30,6 ans.

Il faut dire qu’avoir un enfant, aujourd’hui, c’est presque un acte de résistance. Face aux prix du logement, à la précarité du travail, au coût de la crèche ou aux crises qui s’empilent, beaucoup choisissent d’attendre. Maintenant, le rêve se calcule.

Les conséquences ? 

Moins de naissances, c’est moins d’écoles remplies, moins d’élèves à la rentrée, moins d’actifs demain pour financer les retraites. D’après le Bureau fédéral du Plan, un Belge sur quatre aura plus de 65 ans d’ici 2050. Le pays vieillit, et cela ne fait que commencer.

Dans certaines communes rurales, les classes ferment faute d’enfants. Dans d’autres, les crèches cherchent des bébés à garder. À l’inverse, la périphérie bruxelloise tente d’attirer les jeunes familles à coups d’aides au logement. La Belgique devient un puzzle démographique.

 

Faut-il s’en alarmer ? 

 

Parce que derrière les statistiques, il y a une réalité culturelle : faire un enfant n’est plus une évidence. Ce n’est plus un passage obligé, ni un devoir social. C’est une possibilité parmi d’autres.

La société, elle, n’a pas encore totalement suivi. Les politiques familiales restent pensées pour un modèle d’hier. Pourtant, l’enjeu est clair : rendre la parentalité possible, pas obligatoire. Cela passe par des crèches accessibles, des congés parentaux plus souples, un logement abordable. Bref, par une société qui soutient au lieu de juger.

Célestine Mauroit